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Un article de "Otto Bisc" dans le journal de Décil, Démocratie et citoyenneté locales

Préservation du patrimoine industriel : Une autre façon de faire (que de démolir) est possible !

Depuis 15 ans, la municipalité de Mantes-la-Jolie a acquis une solide réputation en matière de patrimoine historique. Quand elle ne laisse pas son patrimoine tomber en ruine (Tour Saint-Martin aux Martraits, maisons bourgeoises du Quai des Cordeliers), elle l’anéantit purement et simplement tels le cinéma théâtre « Le Normandie », la coopérative agricole ou les abattoirs pour les démolitions les plus récentes.

Après le projet de réhabilitation d’une partie des bâtiments Sulzer en halle commerciale sur Mantes-Université, Mantes-la-Ville a une occasion rêvée de démontrer une nouvelle fois qu’en matière de patrimoine, une autre politique est possible, afin de construire un avenir sur les fondations d’un passé industriel.

Fin 2009, la ville a acquis rue Camélinat un imposant bâtiment qu'un promoteur souhaitait démolir pour construire un programme immobilier. Considérant qu'il s'agissait-là d'un patrimoine industriel à préserver, elle souhaite y créer sa Maison des Associations. En effet, ce bâtiment construit en 1920 pour la filature Le Blan a résisté aux bombardements de la guerre, puis à la crise du secteur de la filature en étant racheté en 1961 par la Société Gringoire (fabrication de biscottes). Fermé en 1974 après plusieurs mois de résistance des salariés, le bâtiment est réutilisé par Aviac pour la fabrication de composantes pour l’aéronautique. Puis dans les années 1990-2000, les locaux sont loués à des artisans, de jeunes industriels ou à diverses entreprises dont certaines occupent encore les bâtiments.

La municipalité de Mantes-la-Ville décide donc d’y réaliser un audit technique pour étudier la faisabilité de projet de réhabilitation. Mais les conclusions sont malheureusement très classiques : « la conservation de ce bâtiment générera des coûts de réhabilitation très élevés […] et qui rendront la réhabilitation du bâtiment beaucoup plus onéreuse que sa démolition pour reconstruire à neuf. » Fin octobre 2010, la ville lance donc un concours à projet pour construire une maison des associations de 875 m « en lieu et place d'une ancienne biscuiterie dont l'image forte, emblématique aux yeux des élus locaux du passé industriel de la ville devra être retrouvée dans le parti architectural », d’un budget prévisionnel de 2,5 millions d’euros, incluant « l’aménagement des parkings attenants pour une cinquantaine de places et de la démolition du bâtiment existant. »

Exit donc la réhabilitation du bâtiment annoncé fin 2009, puisque l’appel d’offre prévoit désormais uniquement la démolition de l’existant. Un projet peut toujours évoluer, néanmoins la réhabilitation du bâtiment semble pour le moment fortement compromise. Un collectif d’habitants s’est donc constitué dès la rentrée 2010 tenter d’infléchir la position de la municipalité qui suscite l’incompréhension au sein même de l’équipe municipale mantevilloise, la démolition ne fait pas l’unanimité, notamment pour la Gauche Citoyenne.

Néanmoins le projet de démolition n’a pas encore abouti, et Mantes-la-Vile n’est pas Mantes-la-Jolie, tout y est encore possible. Mantes-la-Ville souhaite construire une Maison des Associations, alors qu’à Mantes-la-Jolie, la municipalité cherche encore la définition du mot association livrant le patrimoine mantais aux promoteurs. Aux inquiétudes du collectif d’habitants, la maire de Mantes-la-Ville, Monique Brochot, leur répond par une volonté de discussion et de participation au projet, alors que le maire de Mantes-la-Jolie, Michel Vialay est réputé pour son mépris de l’opposition en se faisant condamner en appel au mois de novembre pour leur avoir restreint la parole au sein de conseil municipal. Enfin, Mantes-la-Ville a envisagé jusqu’à l’audit technique, la réhabilitation du bâtiment, alors qu’il n’y a aucun début d’initiative en ce sens à Mantes-la-Jolie depuis 1995 (à l’exception d’une initiative privée de réhabilitation de l’usine de traitement des eaux aux Cordeliers).

Il est donc fort dommage que la volonté de réhabiliter l’usine Le Blan-Gringoire soit entamée par un simple rapport d’audit concluant à un surcoût financier. Car la municipalité ne doit pas être surprise par cet état de fait. La plupart des réhabilitations sont plus coûteuse sur le plan strictement financier. Par contre, au niveau architectural, pour la conservation du patrimoine communal ou encore sur le plan émotionnel pour les habitants (tant d’entre eux ont travaillé dans cette usine) tout va dans le sens d’une réhabilitation. Par ailleurs, les synthèses de l’audit technique sont parfois étonnantes et il est clair qu’elles ont d’emblé écarté par facilité la réhabilitation du bâtiment. Par exemple sur les fondations : « le bâtiment est fondé dans la première couche du terrain, de résistance mécanique très faible, ce qui rend injustifiable la tenue de ces fondations. » L’auditeur s’étonne ainsi que le bâtiment soit encore debout. Ou encore, « les fondations ne sont pas à la côte ‘hors gel’ » (les fondations s’enfoncent à seulement 60 cm de profondeur au lieu des 80 cm désormais réglementaires). Certes, les réglementations ont changé en la matière, le bâtiment a néanmoins résisté en près de cent ans à de sacrées périodes de gel, tout en restant debout. S’il fallait démolir tous les bâtiments qui ne sont pas ‘hors gel’, une bonne part du patrimoine mantais serait à démolir.

Il est donc dommageable que les services techniques de la ville ne laissent pas travailler les bureaux d’études concourant sur le projet sur une option « réhabilitation » en plus de l’unique option « démolition ». Ces équipes pourraient certainement trouver des solutions originales et adaptées pour conserver le bâtiment en l’état. Par ailleurs, pour un tel projet de réhabilitation, il est étonnant que la mairie de Mantes-la-Ville n’ait jusqu’alors pas fait appel aux services du CAUE (Conseil d'Architecture d'Urbanisme et de l'Environnement) des Yvelines, dont le rôle est justement de conseiller les communes sur ce type de projet. Enfin, dans une commune qui a la chance d’être dotée d’une adjointe en charge de la Démocratie participative et citoyenne, n’est il pas temps d’associer les habitants à ce projet avant de décider de la destruction d’un tel patrimoine industriel ?

Il est nécessaire de réinjecter de la démocratie participative et de la politique au sens noble du terme sur un projet concernant tous les mantevillois-e-s. La Maison des Associations est un projet important pour toute l’équipe municipale et les habitants de Mantes-la-Ville et il est important d’avancer rapidement. Il ne faut pas cependant confondre rapidité et précipitation, et sacrifier par la même occasion une partie de l’âme même de la commune. Et si le surcoût financier est conséquent, il est nécessaire de faire l’effort politique adapté pour sauvegarder ce patrimoine industriel. Lors du dernier conseil communautaire, la CAMY a accepté de financer le parking souterrain du Monoprix de Mantes-la-Jolie à hauteur de 2 millions d’euros. Il serait étonnant que Dominique Braye (le Président de la CAMY) refuse de financer un surcoût de quelques centaines de milliers d’euros pour un projet d’une grande qualité architecturale, un vecteur positif pour l’image du Mantois et porté par des citoyens de l’agglomération. A moins bien sûr que Dominique Braye soit aussi visionnaire que le maire de Mantes-la-Jolie en matière de patrimoine industriel… En tous cas des solutions existent pour sauver l’usine Le Blan-Gringoire de la démolition. Mais une volonté politique forte est nécessaire. Soutenons les élus de Mantes-la-Ville dans ce noble et difficile combat de la préservation du patrimoine !

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